Un peintre nous écrit :

Réflexions sur la vie sahélienne

par E. HORCHOLL

C' est de Kidal que nous parvient cet article par lequel E. Horcholl, (le peintre de grand talent - dont tout Dakar admira l'exposition, l'an dernier )- veut bien nous donner de ses nouvelles.

L'artiste est parti un jour, vers ce Soudan pré-saharien qui l'a envoûté. Semaines et mois ont passé, plein d'un dur travail, fait dans la joie. Et cela nous vaudra - mais quand ? - la vision de belles oeuvres, nobles et puissantes.

On a beaucoup parlé du mirage des sables, de la poésie des solitudes; éternel motif pour romans d'aventures et cinéastes.

Combien de fois n'a-t-on pas pris pour thème les grands ciels bleus, sous lesquels miroitent les palmes vertes des dattiers ? Sur tous les tons, le mystère " Caravane " a été chanté, exalté, voire déformé.

Pourquoi cette étalage d'une poétique de pacotille ? Les sujets sont tentants, certes, cette poésie du désert existe, puissante et attractive, mais son véritable sens a plus de signification que les fades images trop souvent représentées.. Toute cette débauche littéraire par son côté factice peut tromper, parfois décevoir au contact de la réalité. A côté de ce battage complaisamment publicitaire, il y a la vie même qui s'écoule simple, vraie, devant l'immensité des horizons sans fin, vaste comme la mer.

Trouverai-je les mots assez dépouillés, assez justes pour traduire cette vie - là?

La lutte quotidienne dont on parle si peu, donne à elle seule tout l'intérét au désert. C'est de cette existence, toute de sévérité et de solitude qu'il faut parler. Mon but n'étant pas de parler du cadre, mais de ceux qui l'animent, lui donnent tout son prix.

Ceux des postes! Serai-je envers eux jamais assez reconnaissant de m'avoir accordé

 

 

E. HORCHOLL dans la résidence à Kidal

dans les années 1940

 

 

Photographies de la Collection " Lucien Crouzet "

leur confiance de m'avoir autorisé à partager leur existence ? Sans eux aurai-je appris à connaître le vrai visage de ce Sahel soudanais, auquel je reste désormais si attaché ? L'aurai-je aimé autant , sans accueil de ceux qui y consacrent tous leurs efforts, l'ont découvert peu à peu ? Si primitive soit la vie, un être, un pays, c'est lentement que l'on apprend à le découvrir, à le connaître, à l'aimer. J'ai bénéficié du fruit de leur expérience, ma dette envers eux est grande.

Fort vers Kidal 1943

Le blédard, que tant ignorent, qui fait figure d'étranger pour les civilisés, lesquels le sont si peu d'ailleurs tant il est vrai que l'on confond toujours civilisation et confort. Le blédard a ce privilège sur son semblable des capitales, celui de prendre le temps de penser, de méditer. Peut-être est-il susceptible parfois ombrageux de son rôle : c'est qu'il connait, civil ou militaire l'importance de ce dernier.

Certains vous parlerons de sa méfiance envers l'hôte de passage, cette méfiance trop souvent justifiée !
- Si nombreux sont les exemples où , reçus avec toute l'hospitalité voulue, ceux qui passent ne gardent de l'accueil offert qu'une impression de joyeuse réunion. j'emploierai cette expression entendue, une impression de " Foire "

Quelle foire en effet lorsque vingt jours dans l'immense nature, sous un soleil de plomb, on marche depuis l'aube jusqu'au soir ! Où l'on boit l'eau boueuse des mares, l'eau des puits aux saveurs étranges.

La foire de ces haltes hâtives où l'on mange le riz mal cuit, le mouton rôti sous le sable. Non ce n'est pas tellement la foire , pas celle en tous cas qui convient aux snobs, pas celle que jugent ceux qui passent si vite , pensent et s'exprime de même. Hôte de passage, aux jugements si peu généreux, souvenez-vous , chaque fois qu'il vous arrive de passer dans quelque poste perdu ce qui est mis à votre disposition pour vous bien traiter, est presque toujours le résultat de privations de la part de celui qui vous reçoit. Pour faire honneur à sa case , à sa tente, le solitaire vous donnera tout ce qu'il possède au risque de boire l'eau et manger que du riz en attendant le ravitaillement suivant, pas particulièrement régulier.

 

 

La Lionne Pataud à Kidal

 

 

Cette belle tradition , celle de toutes les brousses, défendons-là contre cette inconsciente muflerie.

Les joies du bled sont d'autres natures. Plus simples, plus grandes aussi - joie d'une vérité dépouillée d'artifices, belle, puisant son intérêt dans l'effort même, dans le retour à la simplicité - On y retrouve avec émotion le culte instinctif du feu et de l'eau, cet éternel symbole de vie!

Tékouel Femme Touareg des Iforas . Tribu Kel Affelé Kidal 1943

Si les joies diffèrent selon les activités de chacun, celle qui sont égales pour tous, qui créent pour tous les jours, le répétition continuelles de gestes simples essentiels ! Le climat d'inquiètude même que crée l'aridité des lieux , celui de l'eau en particulier, ne fait qu'attacher davantage à ce sol sévère qui semble refuser tout secours à celui qui le foule.

Tout être humain a en lui confusément un besoin de simplicité besoin, que la vie en commun dans les villes, étouffe un peu. Au désert tout ce passé primitif s'éveille en nous. On vit intensément, on retrouve avec bonheur infini une vie antérieure oubliée. Pour ceux qui ont perdu la foi il n'est pas possible dans un tel décor, de ne pas la retrouver. On se sent devenir meilleur. Ici, rien n'est triste - la mort elle -même, qui repose dans les petits cimetières des solitudes sahéliennes, semble douce.

Fort Kidal 1943

l'Afrique est vaste, je ne parle que d'une partie de l'A.O.F. Il en est d'aussi grandes, je ne les connais pas. Cette région dont je parle, que je commence à connaître à elle seule peut justifier l'enthousiasme , répondre à beaucoup d'espoir. Dans tout les domaines, dans toutes les branches de l'activité humaine, les ressources y sont immenses. Comme de telles espérances ne tenteraient-elles pas certains ? Les forts, ceux pour qui bataille signifie victoire ! Beaucoup penseront : " rêveries ! " Peut-être !

Ce qui est une parfaite réalité cependant pour tout être aimant l'effort et la lutte, seuls actes donnant un intérêt à la vie , sont pris par ce pays, l'aiment et leur destinée souvent en est à jamais marquée.

 

( Texte écrit par E. HORCHOLL vers les années 1940. )

( Ce document et ces photographies nous ont été transmis par Madame E. REEB. )

  


 

Monsieur et Madame REEB quelque part dans l'Azawak
 


LA RUBRIQUE DE NOS LECTEURS

 

 

1 - Nos lecteurs nous écrivent : Monsieur Jean- Luc ANGRAND nous rappelle : que E. HORCHOLL dans l'ile de Gorée, immortalisa les demeures de ces sublimes mulâtres : "LES SIGNARES".

 

Chroniques d'un peintre voyageur.

" Dans les rues de Gorée, à l'ombre d'antiques bâtisses, Horcholl le
peintre voyageur, immortalise une demeure imprégnée par l'âme de
sublimes Signares.

Plus loin, plus tard, dans les dunes d'orées de Mauritanie, c'est à la
beauté troublante d'une mystérieuse Touareg, qu'il rend hommage...".

J.L. ANGRAND

Lui écrire : signare@hotmail.fr

Vient de paraitre

à voir aussi sur le site internet

 


Vers la page de démarrage du site